« Les chevaux sont si subtils… si incroyablement subtils que nous sommes à des années-lumière de ce qu’ils peuvent faire. »

Ulrike Dietmann – Le Cheval Guérisseur de l’Homme
Le courrier du livre – 2012

La thérapie assistée par le cheval

Le cheval, compagnon de l'homme et des Divinités

Les chevaux sont domestiqués depuis des millénaires. Des traces de leur domestication se retrouvent sur tous les continents. Ce serait en Asie centrale que tout aurait commencé. Les peuples nomades et guerriers de l’époque, pour survivre à de rudes conditions de vie, auraient réussi à dompter de petits chevaux sauvages des plaines, afin de se mouvoir plus rapidement tant pour la gestion des troupeaux que pour la chasse ou le déplacement des populations et des abris. De l’autre côté de l’Atlantique, les Amérindiens vénèrent encore cet animal, reconnaissant l’âme du peuple Cheval et l’ayant choisi comme partenaire pour le déplacement des campements comme pour les batailles. En Occident, le cheval est rapidement exploité. Tantôt utilisé au champ pour le travail agricole grâce à sa force de traction, dans les forêts pour le débardage, sur les cours d’eau pour tirer les péniches, en mer pour ramener les filets de pêches, dans les mines pour tracter les chariots de charbon mais encore à la guerre sur les champs de bataille.

De la naissance de l’humanité à aujourd’hui, la vie humaine est marquée par le cheval. De nombreuses œuvres d’arts attestent de la fascination humaine pour ces quadrupèdes. C’est d’ailleurs l’animal le plus représenté depuis la Préhistoire. Que ce soit dans les grottes de Lascaux où l’on trouve les premières traces de peintures rupestres représentant les ancêtres des chevaux, sur des mosaïques de l’Antiquité romaine et grecque, sur des gravures des temples et palais égyptiens ou encore sur des tableaux ou tapisseries de toutes époques suivant l’évolution humaine, le cheval est omniprésent. De près ou de loin, cet animal exerce une attirance. Loin de laisser indifférent quiconque l’observe ou a la chance de le toucher, son contact n’est pas anodin.

Il est d’ailleurs le compagnon de nombreux dieux et déesses à travers le globe, quelle que soit la culture. Les représentations sont nombreuses. Dans la mythologie gréco-romaine, les chars de Poséidon, d’Hadès, d’Apollon, d’Hélios ou encore d’Achille sont tirés par deux chevaux aux caractéristiques et noms distinctifs. D’autres parts, ils sont parfois hybrides, avec des particularités d’autres espèces terrestres, aériennes, ou marines comme Pégase, les Centaures ou les Hippocampes.

Dans la mythologie nordique et germanique, des chevaux tirent le jour et la nuit. Les montures du dieu Odin et de la déesse Gnà peuvent se déplacer dans les air et sur la mer. Dans le folklore scandinave et germanique, le cheval incarne des mythes qui alertent sur des dangers comme le brouillard, les tempêtes et la mort.

Pour les Celtes, le cheval peuple beaucoup les légendes aquatiques, la mer étant un lieu considéré comme très dangereux pour les humains à l’époque, et prend différentes formes. Ce sont les Celtes qui les premiers vénèrent une déesse-jument, Epona, qui inspire l’équilibre féminin et masculin, entre abondance et protection.

Le cheval compagnon de l'Homme et des divinités

Le folklore chrétien occidental quant à lui, représente des chevaux souvent capables de porter de lourdes charges ou plusieurs personnes grâce à un dos qui s’allonge. Le plus connu d’entre eux est Bayard. C’est aussi cette culture qui fait naître la légende de l’hippogriffe et de la licorne.

En Asie, le cheval est souvent un animal céleste, qui permet donc de se rapprocher des dieux et de la sagesse.

Le monde arabe le représente souvent comme la monture des héros.

En Inde, il est l’avatar de Vishnou ou sa trentième incarnation, dieu de la sagesse et de la connaissance. Tout comme sept chevaux blancs ou aux couleurs des sept chakras, tirent le chariot de la divinité solaire.

Ce tour d’horizon des représentations et des utilisations du cheval à travers les âges et les cultures nous permet de comprendre comment nos destins et nos fonctionnements sont étroitement liés. Nous avons eu une influence sur le cheval à travers la génétique, la sélection mais ne serait-ce pas lui qui nous influence et nous apporte le plus ?

Le cheval ou l'intelligence émotionnelle de la proie

Comme nous venons de le voir, le cheval accompagne l’humanité depuis l’aube des temps. Après avoir été l’apanage des dieux puis surtout esclave sur les champs de bataille et outil aux besognes physiques, le cheval n’est, grâce à la mécanisation, plus un simple animal de labeur. Les évolutions humaines, et notamment l’amélioration de la qualité de vie et l’enrichissement, l’ont fait devenir une source de loisirs et de création d’argent. Si nous ne sommes pas tous d’accord à propos de ces changements, il est néanmoins évident que cet animal possède une place particulière en ce qu’il n’est ni totalement domestiqué comme le chien, ni totalement tenu pour animal d’élevage comme la vache.

Le cheval, une proie

Malgré sa domestication, le cheval a su garder un instinct très fort. L’étude et l’observation de son comportement par des éthologues tels que Jean-Claude Barey, Hélène Roche ou Léa Lansade, en milieu sauvage ou en milieu modifié par l’homme, ont montré comment le cheval possède une intelligence émotionnelle exceptionnelle.

En effet, le cheval possède un système limbique prédominant. Ce fonctionnement, que l’humain possède aussi, est le centre des émotions. Il comprend « l’hypothalamus, le noyau cingulaire antérieur, le gyrus cingulaire, l’hippocampe et leurs connections constituant un mécanisme harmonieux qui élabore les fonctions émotionnelles centrales et qui participe également à l’expression émotionnelle »,(James Papez, 1937). Cette définition utilisée en psychologie humaine et popularisée par le Dr Goleman en 1995, presque 60 ans plus tard, a néanmoins permis d’appuyer et de développer la psychothérapie assistée par le cheval aux États-Unis. Pourtant, c’est dès 1950 qu’en Europe le cheval est utilisé en thérapie. Or, le cheval, en tant que proie, est très connecté à cette partie du cerveau car il en va de sa survie.

Grâce à cette zone du cerveau, le cheval est capable de réagir en tant qu’individu et collectif. Ce fonctionnement lui permet non seulement de détecter et ressentir la moindre palpitation, même à distance, d’un prédateur en embuscade, mais aussi de transmettre très rapidement, sans langage verbal, uniquement sensoriel, le message de fuite à ses congénères.

Cette particularité de la proie devient un atout en thérapie, lorsque tout est sécurisé, car le cheval va alors agir comme un véritable miroir de nos émotions. Ainsi, même si vous affichez un sourire alors qu’au fond de vous, vous êtes triste, apeuré ou encore en colère, le cheval est en mesure de le ressentir. Ce manque de congruence est d’ailleurs pour lui très inconfortable car dans son environnement naturel, cette apparence trompeuse est la plupart du temps la particularité des prédateurs, ce qui déclenche chez le cheval, un signal d’alerte. C’est alors que le thérapeute, qui doit aussi bien connaître le comportement humain qu’équin, devient interprète des signes que renvoie le cheval. Les chevaux ne mentant jamais, pour reprendre les propos du dresseur canadien Chris Irwin, le thérapeute peut alors entreprendre une approche déductive.

Ceci permet une approche non frontale du patient qui, selon ses fragilités, peut avoir des réactions différentes. Le thérapeute peut alors poser des questions en fonction des observations du cheval et du patient, tout en maintenant l’intégrité de la personne en soin puisqu’il n’y a pas d’intrusion, ni d’induction.

Un aspect grégaire qui lui confère plusieurs avantages

Le cheval est un animal grégaire, il en va de son bien-être. Ainsi un cheval doit vivre en groupe, ou tout du moins au contact de ses congénères pour ne pas être en état de stress et devenir indisponible ou dissocié.

Cette fonction de groupe fait de lui, comme nous l’avons vu, un animal non seulement capable de détecter le langage non verbal, mais aussi un animal sociable et curieux.

Ce besoin de lien affectif et d’interactions sociales permet en thérapie de créer un environnement apaisant et tendre, bénéfique pour n’importe qui et plus spécifiquement pour les personnes fragilisées par des événements. Le peau à peau avec le cheval, le pansage dans le respect, la capacité à être dans le silence et dans le non jugement, ou simplement dans l’observation d’un troupeau, autorise la personne à être elle même et à recevoir de la compréhension. Avec le cheval, il n’y a pas de bonne ou mauvaise émotion, pas de vision manichéenne, simplement une information à accueillir, ce qui soulage du poids de notre passé, de notre vécu, de la pression sociétale.

Les chevaux ne font pas de distinction : ils traitent de façon égalitaire chaque individu. Leur réponse à un changement est immédiate. S’ils réagissent rapidement à une menace, ils s’apaisent aussitôt la menace passée. Comme le calme après la tempête, ils nous permettent donc d’accueillir et de laisser passer nos tempêtes émotionnelles, d’apprendre à écouter notre corps, notre respiration, de revenir dans nos sensations et de nous libérer du faire pour être.

Comme tous les animaux, les chevaux sont doués d’un Amour inconditionnel hors norme. Prêts à pardonner sans rancœur nos actes et nos actions passées, ils nous montrent que nous pouvons vivre dans le présent et non pas dans les regrets du passé ou la peur du futur. Ils donnent une seconde chance et offrent le pardon dont nous avons besoin pour évoluer.

L'aspect grégaire du cheval

Le cheval, un véritable partenaire dans la thérapie

Pour que la thérapie soit juste, les besoins fondamentaux des chevaux doivent être respectés. Ceux-ci se basent sur six piliers :

  • Une nourriture adaptée : le cheval est un herbivore et son système digestif fragile a besoin de mastication permanente afin de sécréter les enzymes nécessaires à un bon maintien de sa santé.
  • Le lien avec ses congénères : comme dit précédemment, le cheval est un animal grégaire, ce qui implique que pour un bon état général de sa santé physique et psychique, il a besoin de vivre en troupeau.
Le cheval, partenaire de thérapie
Les besoins fondamentaux du cheval
  • Le mouvement : toujours dans une recherche de bonne santé globale, le cheval a besoin d’être libre de ses mouvements. Ainsi, la vie en boxe n’est pas adapté pour cet animal capable de parcourir des centaines de kilomètres pour trouver une nourriture diversifiée et adaptée ou des sources d’eau et d’intérêts. Le cheval est un animal explorateur, il en va de sa santé.

On peut voir que le cheval a ainsi des besoins fondamentaux très similaires aux nôtres si on se réfère à la pyramide des besoins de Maslow.

D'hier à aujourd'hui : histoire de la thérapie assistée par le cheval en France et ailleurs

Déjà en 460 avant J.-C., Hippocrate faisait mention des bienfaits des chevaux sur la santé humaine psychique et physique.

Pourtant, c’est seulement autour des années 50 que cette thérapie émerge en Europe. Elle est d’abord utilisée pour faciliter la récupération motrice des personnes atteintes de poliomyélite. Au cours des années 60, les bénéfices des chevaux pour la rééducation sont de plus en plus reconnus. Par la suite, en 1973, la psychomotricienne Renée de Lubersac met par écrit les avantages du contact avec le cheval pour des malades handicapés. L’équithérapie entre officiellement dans le champ des thérapeutiques à partir de 1986, date de la création de la Fédération française des Thérapies avec le Cheval.

Aujourd’hui, le double changement de paradigme autour de la santé humaine et du nouveau regard porté par les comportementalistes équins sur les chevaux permet un meilleur ancrage de cet accompagnement thérapeutique.

De plus en plus de champs d’application sont mis en lumière. L’équithérapie s’adresse à tout un chacun, que l’on soit adulte, adolescent ou enfant. Auprès des personnes handicapées, âgées, en fin de vie, en psychiatrie, en rééducation psychomotrice, en décrochage scolaire, présentant des troubles du comportement, en réinsertion sociale, en centre pénitencier, suite à un choc post traumatique, en coaching pour du management et du team building… Les possibilités sont vastes car les bienfaits sont nombreux et profonds.